Vice Versa, ou comment foirer une traduction de titre de film

A part dans un objectif purement mercantile du lancement simultané de ce film et d’une voiture portant le nom de « Verso », la proximité sémantique hasardeuse en français du véhicule et du nouveau joyau de Pixar nous empêche de profiter du titre original : Inside out. Et dans ces deux mots, nous avons toute la promesse du film…

L'intérieur de notre cerveau est apparemment très très coloré selon Pixar.

L’intérieur de notre cerveau est apparemment très très coloré selon Pixar.

… non pas un film d’horreur brodant sur le sort funeste lancé par Willow dans Buffy contre les vampires, non malheureusement. Il s’agit d’un film sur la psyché et ce qui se passe dans nos petites têtes de notre premier souffle jusqu’au balbutiement de l’adolescence. Nous sommes dans un Disney-Pixar, donc il va falloir simplifier. Pour le Inside, on ne retient de 5 émotions orchestrant notre pensée : Joie, Tristesse, Colère, Dégoût & Peur. Et cette bande va s’efforcer de donner un sens au Out, au monde qui entoure leur être d’adoption, Ellie.

Mais pourquoi la tristesse est-elle la seule à souffrir d'une déficience visuelle ?!?

Mais pourquoi la tristesse est-elle la seule à souffrir d’une déficience visuelle ?!?

Bon, le scénario n’est pas fou, on ne va pas se mentir : le bonheur de l’enfance se trouve confronté à un élément perturbateur, un déménagement. Les conséquences apparaissent somme toute logiques, donc sans grande surprise. Toutefois, ce terreau suffit à Pixar pour nous offrir un panel varié de situations mettant successivement en relief les contradictions de nos émotions par nos hésitations, l’origine des petites chansons qui nous trottent dans la tête, ou encore la construction des grandes « zones » de nos pensées. Sur ce dernier point, l’emphase du cinéma d’animation sur les stéréotypes visuels que l’on peut rapprocher de « la psychanalyse pour le nuls » parleront nécessairement plus à un public adulte. Pour la base scientifique, la thèse développée ici peut être rapprochée de la théorie psycho-évolutionniste des émotions, qui compte en fait 8 émotions. En en gardant 5, il y a déjà un choix clair pour faciliter la compréhension : imaginer introduire les 8 habitants du cerveau dès les premières minutes du film…

Théorie psycho-évolutionniste des émotionsLes dialogues se révèlent très bien écrits et les quelques piques lancées ça et là font mouche. En parlant de dialogues, je vous invite à (re)découvrir le sketch de François Pérusse sur le cerveau, au langage assez fleuri. Disney reste nécessairement dans le tout-public donc le comique de situation prend avantageusement le relai : une dispute, un moment de confusion chez l’hôte sont prétextes à un conciliabule entre des sentiments contradictoires.
Sur l’animation et le détail de l’univers, nous retrouvons la qualité de Pixar qui parvient à faire transparaître à l’image les émotions. Prenons le personnage de « Joy » : en tant que véritable rayon de soleil dans le cerveau, sa peau rayonne littéralement. Quand à « Anger », qui fulmine constamment, c’est un brasier qui lui fera office de chevelure. Les péripéties les entraîneront dans différentes représentations visuelles d’autre lieu pour le moins conceptuel. Le subconscient se retrouvera par exemple représentée par un niveau sous-terrain, transformée en sorte de prison pour pensées gênantes au quotidien. Je vous laisse découvrir le restant des trouvailles.

Nous arrêterons de suivre la petite famille au moment où l’adolescence s’annonce, laissant présagé d’une suite à succès, vu le carton au box office de cet opus.
Je vous propose de nous quitter sur quelques propositions alternatives de titres qui ne sont au final par forcément pire que l’original :
– La farandole des émotions
– L’envers du décor
– Brainzzzzz
Bon ok, c’était pas si évident que ça…